Notre conseiller Antoine Folcher revient sur une mission de trois jours réalisée à la fin du mois de mars, au cœur de l’innovation en matière de bâtiment durable, entre avancées technologiques, nouveaux matériaux et économie circulaire.

Lausanne, Fribourg et Zurich. Pendant trois jours, une délégation d’acteurs du secteur de la construction a exploré en Suisse les dernières avancées en matière de transition énergétique et d’économie circulaire. À travers visites de terrain, échanges avec des chercheurs et rencontres avec des professionnels, un constat s’impose : le secteur du bâtiment est en pleine mutation, et certaines solutions passent désormais du stade expérimental à une mise en œuvre concrète.
Des villes au cœur de la transition énergétique
Premier enseignement de cette mission : les villes jouent un rôle déterminant dans la décarbonation. Elles concentrent une grande partie des consommations énergétiques et des émissions de CO₂, mais offrent également un terrain privilégié pour tester des solutions à grande échelle.
Les outils de modélisation présentés permettent aujourd’hui d’optimiser les stratégies énergétiques à long terme, en intégrant à la fois les dimensions techniques, économiques et environnementales. Ces approches confirment une tendance forte : rénover les bâtiments existants est souvent plus efficace, et plus durable, que reconstruire.
Mais ces outils, encore complexes, peinent à être largement adoptés. Leur simplification et leur intégration dans les pratiques professionnelles constituent un enjeu majeur pour les années à venir.
Matériaux : vers une révolution bas carbone
Autre transformation majeure : le rôle croissant des matériaux dans l’empreinte carbone du bâtiment. Alors que les émissions liées à l’usage diminuent, celles liées à la construction prennent le relais.
Parmi les solutions explorées, le biochar suscite un intérêt particulier. Issu de la transformation de biomasse, ce matériau permet de stocker durablement du carbone et ouvre la voie à des constructions potentiellement « carbone négatif ». Malgré des performances prometteuses, son coût et les contraintes réglementaires freinent encore son adoption.
Dans le même temps, le recyclage du béton progresse rapidement. En Suisse, une grande partie des matériaux est déjà réutilisée, et de nouvelles techniques permettent de réinjecter du CO₂ dans les granulats recyclés. Ce qui a pour résultat : une réduction significative de l’empreinte carbone, sans bouleverser les procédés industriels existants.
Le numérique, clé de l’économie circulaire
Si les matériaux évoluent, les méthodes aussi. Le numérique s’impose comme un levier incontournable pour structurer l’économie circulaire. Aujourd’hui, le réemploi reste un processus complexe, souvent artisanal. Trouver des matériaux, organiser leur récupération, garantir leur qualité : autant d’étapes chronophages qui freinent son développement.
Les solutions émergentes reposent sur l’intelligence artificielle, la création de bases de données de matériaux et le développement de « passeports » permettant de tracer les composants tout au long de leur cycle de vie. À terme, ces outils pourraient transformer profondément la manière de concevoir et de construire.
Lausanne, laboratoire grandeur nature du réemploi
Des avancées concrètes ont été observées notamment à Lausanne, où, l’économie circulaire n’est plus un concept, mais une réalité opérationnelle.
La rénovation de la gare illustre cette évolution : des milliers de mètres carrés de dalles en béton sont destinés au réemploi, permettant d’éviter une part importante des émissions de CO₂. Ce type de projet marque un changement d’échelle, où le réemploi ne concerne plus seulement des éléments secondaires, mais des composants structurels.
D’autres initiatives vont dans le même sens, avec des bâtiments conçus majoritairement à partir de matériaux récupérés. Ces projets démontrent que la circularité peut s’intégrer dans des réalisations complètes, à condition d’anticiper et de structurer les flux de matériaux.
Un défi avant tout logistique et économique
- Si les solutions techniques existent, leur déploiement à grande échelle se heurte encore à des obstacles très concrets. Le principal défi n’est pas tant la disponibilité des matériaux que leur gestion : stockage, transport, certification.
- De nouveaux acteurs émergent pour répondre à ces enjeux, jouant un rôle d’intermédiaires entre offre et demande. Leur mission : organiser les flux, garantir la qualité et sécuriser les transactions. Un marché secondaire des matériaux de construction est ainsi en train de se structurer.
Une transformation en marche, mais encore fragile
Au fil des échanges, un constat s’impose : la transition du secteur de la construction est bien engagée, mais reste fragile. Les freins sont nombreux :
- des coûts encore élevés,
- un manque de standardisation,
- des cadres réglementaires en évolution,
- et une inertie propre à un secteur historiquement conservateur.
- Pourtant, les opportunités sont considérables. Réduction massive des émissions, création de nouveaux marchés, innovations technologiques : les leviers existent.
Vers un nouveau modèle de construction
Au-delà des innovations individuelles, c’est un véritable changement de paradigme qui se dessine. Le bâtiment de demain ne sera plus seulement performant sur le plan énergétique : il devra être conçu comme un système, intégrant dès l’origine la réutilisation des matériaux, la flexibilité et la durabilité.
Les expériences observées en Suisse, montrent que ce modèle est déjà en construction. Reste à le généraliser.
Conclusion:
Entre avancées technologiques, innovations matérielles et nouvelles pratiques économiques, la construction durable entre dans une phase décisive. Si les défis restent importants, les initiatives concrètes démontrent que le passage à l’échelle est désormais possible. La question n’est plus de savoir si la transition aura lieu, mais à quelle vitesse elle pourra s’imposer.
Un des leviers peut-être des financements européens et pour cela il existe des ouvertures pour des collaborations avec les pays européens. SI vous-même êtes intéressé par une collaboration avec des entités en Suisse n’hésitez pas à nous contacter et notamment Antoine à l’adresse suivant : antoine.folcher@ncpwallonie.be
Si vous souhaitez découvrir les opportunités du New European Bauhaus, ne manquez pas l’événement organisé par le NCP Wallonie ce 28 mai 2025.