Le 18 juin dernier, le site du Grand-Hornu a accueilli une journée de réflexion consacrée au phytomanagement en Wallonie, organisée autour de l’IIS Waste2Bio et de son partenaire, l’Institut Scientifique de Service Public – ISSeP. Antoine Folcher et Carine Petit, conseillers du NCP Wallonie, y étaient présents afin de suivre les échanges et d’identifier les leviers européens susceptibles d’accompagner le développement de cette dynamique. Cette réunion plénière rassemblant chercheurs, représentants institutionnels et porteurs de projets autour de la réhabilitation/valorisation de sites (phytoremédiation, réutilisation des sols, expérimentations pilotes) avait pour objectif était de partager des retours d’expérience, méthodes d’évaluation (biologique, physico-chimique, microbienne), contraintes administratives et besoins de financement pour faire évoluer les démonstrateurs vers des solutions opérationnelles. Plusieurs interventions ont détaillé des projets d’expérimentation, des plateformes de modélisation et des difficultés pratiques (études de sol, cadres règlementaires, suivi long terme).
Les résultats présentés témoignent déjà d’une dynamique structurée : 21 projets ont été déposés, dont 9 financés via différents dispositifs, parmi lesquels Wallonie Relance, Creafarm, Interreg et Horizon Europe. Au-delà des chiffres, la journée a surtout mis en évidence une capacité croissante des acteurs wallons à travailler en réseau, avec des partenaires régionaux, européens et internationaux.
Plusieurs projets pionniers, tels que WallPhy, New-C-Land et ECOSOL, servent aujourd’hui de socle au déploiement de démonstrateurs sur différents sites wallons, notamment au Martinet, à Hensies, sur le Chantier 44, à Liège, au Bois Saint-Jean et à Ciney. Une première cartographie des sites a également été amorcée grâce aux projets New-C-Land et Plant4Wasteland, ouvrant la voie à une meilleure visibilité des terrains concernés et des possibilités de valorisation.
La journée a également permis de mettre en lumière les défis qui restent à relever. La pérennisation des démonstrateurs apparaît comme un enjeu central, de même que le développement de mécanismes de financement capables de concilier restauration écologique et viabilité économique. L’implication du secteur privé constitue, à cet égard, un facteur déterminant. La participation active d’acteurs comme Duferco Wallonie illustre l’intérêt croissant des entreprises pour des approches capables de transformer les contraintes environnementales en opportunités territoriales.
Un temps fort de la journée a également été la visite de la friche de Hensies, un ancien dépôt de boues de dragage, riche en matière organique et contaminé aux métaux lourds. Dans le contexte des projets INNO4CFIs et WALLPHY, 1.616 arbres et 3 360 arbustes y ont été plantés en suivant un plan d’aménagement et de d’amendement avec la contribution de l’ULiège, ValBiom, Spaque, l’ISSeP et NOVOBIOM, société spécialisée en biotechnologie fongique appliquée à la bioremédiation. Cette étape de terrain a permis d’ancrer les discussions dans une réalité concrète de la phytoremédiation de sites dégradés qui peuvent progressivement redevenir des espaces de biodiversité, de production ou de transition écologique.
Les travaux présentés confirment la pertinence des démonstrateurs mais soulignent l’urgence d’un soutien financier et organisationnel durable, d’études de sol systématiques et d’outils de modélisation pour sécuriser la montée en échelle. Il est recommandé de renforcer la coordination entre acteurs, d’élaborer un guide technique opérationnel et de sécuriser des financements long terme pour garantir la pérennité et l’impact des projets.
Au-delà des réalisations déjà engagées, cette rencontre a confirmé une ambition collective : inscrire la restauration des sols dégradés, notamment par le phytomanagement, au cœur du nouveau paysage de l’innovation en Wallonie. L’enjeu est désormais de faire émerger des modèles économiques régénératifs, capables de recréer de la valeur écologique, économique et sociale à l’échelle des territoires.La dynamique est lancée. Reste à la consolider, à l’élargir et à la financer durablement pour faire des friches et sols dégradés non plus des contraintes héritées du passé industriel, mais de véritables leviers de transition pour la Wallonie.