Horizon Europe : l’intelligence artificielle s’invite dans la préparation des projets

L’intelligence artificielle est en train de bouleverser la manière dont les entreprises, les chercheurs et les universités préparent leurs dossiers. Les candidatures à Horizon Europe, le principal programme européen de financement de la recherche et de l’innovation, n’échappent pas au phénomène.

Peut-on utiliser ChatGPT ou d’autres outils d’intelligence artificielle pour rédiger une meilleure proposition ? Jusqu’où peut-on automatiser la préparation d’un dossier ? Et surtout, comment ces pratiques sont-elles perçues par les experts chargés d’évaluer les projets ?

Autant de questions qui ont réuni, ce 23 septembre, les cinq Points de Contact Nationaux Horizon Europe actifs en Belgique — NCP Brussels, NCP Federal Belgium, NCP Flanders, NCP-FNRS et NCP Wallonie — à l’occasion d’un webinaire consacré à l’usage de l’IA dans la préparation des propositions européennes.

Le sujet est loin d’être anecdotique. Les dossiers Horizon Europe peuvent atteindre plusieurs dizaines de pages et imposent aux candidats de démontrer, dans un format extrêmement codifié, la qualité scientifique du projet, la solidité du consortium, son impact potentiel et la crédibilité du plan de mise en œuvre.

Dans ce contexte, les outils d’IA générative apparaissent comme une aide séduisante. Ils peuvent accélérer certaines tâches fastidieuses : reformuler un texte, structurer une idée, condenser un argumentaire, identifier des répétitions ou encore produire une première trame de travail.

Mais la frontière entre assistant efficace et faux raccourci reste étroite.

Un outil puissant, mais pas un rédacteur de projets européens

Les représentants de la Commission européenne et de la Research Executive Agency invités lors du webinaire ont présenté l’approche des institutions européennes face à cette évolution rapide.

Le message est clair : l’intelligence artificielle peut soutenir la préparation d’une proposition, mais elle ne remplace ni l’expertise scientifique, ni la connaissance du programme, ni la réflexion stratégique nécessaire à la construction d’un projet compétitif.

Une proposition Horizon Europe ne se résume en effet pas à la qualité de sa rédaction. Elle doit démontrer qu’un problème européen bien identifié trouve une réponse crédible à travers un consortium capable de délivrer des résultats concrets.

L’IA peut améliorer la forme. Elle ne crée pas, à elle seule, une bonne logique d’intervention.

Une distinction importante dans un environnement où la tentation est grande d’utiliser les outils génératifs pour produire rapidement des textes apparemment convaincants.

Le risque du dossier « trop parfait »

L’un des paradoxes de l’IA réside précisément dans sa capacité à produire des textes fluides, structurés et professionnels… mais parfois génériques.

Or les évaluateurs de projets européens doivent lire un nombre important de propositions répondant toutes aux mêmes appels. Dans ce contexte, les formulations standardisées peuvent rapidement devenir visibles.

Une proposition techniquement irréprochable sur la forme mais dépourvue de singularité risque donc de perdre en crédibilité.

Pour les candidats, le véritable enjeu consiste à utiliser l’intelligence artificielle comme un outil d’amélioration plutôt que comme une machine à générer automatiquement une proposition.

Les interventions de candidats et d’experts ont notamment permis de partager les premières leçons tirées de l’utilisation de ces technologies : gain de temps lors des phases de rédaction, aide à la structuration, soutien à la préparation de certaines sections, mais également nécessité de contrôler systématiquement les contenus produits.

Car l’IA reste susceptible de générer des informations erronées, de simplifier excessivement certains concepts ou de proposer des arguments qui ne correspondent pas réellement au projet.

L’évaluation face au même défi

La montée en puissance de l’intelligence artificielle pose également une question plus sensible : comment les évaluateurs eux-mêmes réagissent-ils face à des propositions dont certaines parties ont potentiellement été générées par une machine ?

La problématique dépasse largement Horizon Europe.

Dans le monde académique comme dans les entreprises, la question de la frontière entre assistance technologique et substitution au travail intellectuel devient centrale.

Pour les programmes européens, l’enjeu est double : préserver la qualité de l’évaluation tout en accompagnant l’adoption d’outils qui font désormais partie du quotidien de nombreux candidats.

Les institutions européennes devront donc trouver un équilibre entre ouverture à l’innovation et maintien des exigences de transparence, de responsabilité et de qualité scientifique.

L’avantage restera humain

Pour les candidats à Horizon Europe, la conclusion est finalement assez simple : l’intelligence artificielle peut devenir un allié précieux, à condition de rester à sa place.

Elle peut aider à rédiger plus vite. Elle peut faciliter la synthèse. Elle peut même contribuer à challenger certains arguments.

Mais elle ne connaît ni les partenaires du consortium, ni les enjeux industriels derrière le projet, ni les motivations des futurs utilisateurs, ni les subtilités qui peuvent transformer une bonne idée en proposition européenne réellement convaincante.

Dans un programme où la concurrence reste forte, l’avantage ne viendra donc probablement pas de celui qui utilise le plus d’intelligence artificielle.

Il pourrait plutôt revenir à celui qui saura le mieux combiner la technologie avec ce que les machines maîtrisent encore difficilement : expertise, compréhension du contexte, choix stratégiques et capacité à raconter une histoire crédible autour d’un projet.

À mesure que les outils progressent, la question ne sera donc bientôt plus de savoir si l’IA doit être utilisée pour préparer une proposition Horizon Europe.

Mais comment l’utiliser sans perdre ce qui fait précisément la valeur d’une bonne candidature.

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