Le centre de recherche Celabor, basé en Wallonie, renforce sa présence européenne en intégrant IASIS, un projet d’envergure dédié à la valorisation de sols contaminés et salins. Le NCP Wallonie s’est rendu dans les laboratoires de Celabor, situés à Petit-Rechain pour rencontrer Job Tchoumtchoua, docteur en chimie des substances naturelles, chef de projet R&D et coordinateur des projets européens. Objectif de cette rencontre : comprendre les enjeux de cette participation.

Un centre de recherche wallon aux compétences transversales
Celabor, agréé par la Région wallonne, s’est imposé comme un acteur scientifique clé dans quatre domaines : l’extraction végétale, les biomatériaux, l’environnement et la nutrition.
« Ce ne sont pas des spécialisations cloisonnées », nous explique Job Tchoumtchoua. « Dans les projets européens, nous sommes appelés à interagir entre départements, notamment extraction et biomatériaux, pour développer des solutions de valorisation de la biomasse. »
Le rôle du centre s’inscrit avant tout dans l’appui aux entreprises régionales, avec un objectif clair : accélérer l’innovation wallonne en s’ouvrant à l’Europe.
« Pour nous, aller en Europe est essentiel. En rejoignant des consortia internationaux, nous restons à la pointe de la recherche, et cette expertise bénéficie directement aux PME locales », souligne le chercheur.
IASIS : valoriser les sols marginaux à l’échelle européenne
Le projet IASIS s’attaque à un défi environnemental majeur : la reconversion de sols contaminés ou salins, souvent laissés en friche en raison de contraintes économiques ou sanitaires.
La solution proposée relève du phytomanagement, une approche fondée sur la culture de plantes capables soit de dépolluer (pour les sols contaminés), soit de produire de la biomasse exploitable (dans les sols salins).
« Nous allons cultiver des plantes oléagineuses et fibreuses sur ces sols marginaux à travers l’Europe. Elles permettront à la fois de les valoriser et, dans certains cas, de les décontaminer », détaille Job Tchoumtchoua.
Le consortium réuni à Liège pour lancer officiellement IASIS
Début octobre, l’ensemble du consortium IASIS s’est retrouvé à Liège pour le meeting du bilan de la première année du projet. « Cette rencontre a permis d’exposer les premiers résultats obtenus sur la culture des plantes, et de définir les méthodes d’extraction qui seront appliquées pour en extraire les molécules à haute valeur ajoutée », précise le Rechainois.
Pour Celabor, accueillir cette réunion en Wallonie constitue « un signal fort de reconnaissance de notre expertise et de notre engagement dans la bioéconomie », souligne le chercheur.

Des racines wallonnes : de l’initiative Waste2Bio à un consortium européen
La participation de Celabor dans ce projet européen trouve son origine dans l’initiative wallonne Waste2Bio, centrée sur la gestion et la valorisation des sols dégradés.
« Les discussions ont commencé au sein du groupe de travail sur la production et la valorisation de la biomasse. À l’époque, plusieurs appels européens portaient sur le phytomanagement. Cela nous a amenés, avec l’Université de Liège, à réfléchir à un projet commun », retrace le chercheur.
Grâce à ce travail préparatoire, Celabor et l’ULiège ont ensuite été invités à rejoindre un consortium piloté par des partenaires grecs, qui avaient repéré leur expertise dans un précédent projet européen.
Un engagement scientifique… et humain
Pour le chercheur, participer à IASIS dépasse le simple cadre technologique.
« C’est très enrichissant, scientifiquement comme humainement. Travailler avec d’autres équipes en Europe oblige à comprendre leurs approches, leurs méthodes, leurs cultures. C’est un apprentissage permanent, et la complémentarité est essentielle à la réussite du projet. »
Au-delà de l’expérience, Job Tchoumtchoua insiste sur l’impact concret :
« Contribuer à la protection de la planète et à la bioéconomie européenne, c’est très motivant. On a le sentiment d’apporter une pierre réelle à la transition écologique. »
Une stratégie européenne qui renforce l’innovation wallonne
Avec IASIS, Celabor démontre une nouvelle fois la capacité de la Wallonie à s’intégrer dans des projets européens de pointe, en mobilisant ses centres de recherche et ses réseaux d’innovation.
Un signal positif pour l’écosystème régional, où la valorisation de la biomasse, la gestion des sols et la bioéconomie prennent une place croissante dans les priorités industrielles et environnementales.
IASIS – Assainissement des terres contaminées et salines à l’aide de cultures industrielles et production de biomasse pour des applications à forte valeur ajoutée, est une action de recherche et d’innovation cofinancée par le programme Horizon Europe de l’Union européenne dans le cadre de la convention de subvention 101157430. Le projet est soutenu par l’entreprise commune Circular Bio-based Europe et ses membres. Il a débuté le 1er octobre 2024 et se poursuivra jusqu’en septembre 2028.